« L’humanité court à son suicide si le monde n’adopte pas la non-violence », avertissait Gandhi. Ces paroles du sage indien et partisan de la non-violence prouvent jusqu’où la violence est dangereuse et la paix nécessaire. La violence est capable d’hypothéquer voire anéantir cette belle civilisation fruit des efforts mutuels des différentes générations. On ne peut éviter cela que par la culture et l’éducation à la paix. La paix doit être une valeur absolu au regard du foisonnement des actes de violences à travers le monde. Mais on ne peut combattre une chose que l’on ne connait pas. C’est ce qui justifie l’analyse de la notion de violence surtout en rapport avec celle de paix que nous souhaitons le plus. La présente analyse mettra l’accent sur les questions suivantes : qu’est-ce que la violence, la paix ? Quelle est l’origine de la violence ? Quelles perspectives envisagées pour une paix durable ? Un monde sans violence est-il possible ?
I- Définitions
- La violence
Etymologiquement, le terme vient du latin violare qui signifie faire violence ou violentia qui désigne l’abus de la force. De façon générale, la violence se définit comme l’usage intentionnel de la force physique, psychologique ou verbale pour causer du tort, de la douleur ou des dommages à soi-même, à autrui ou à des biens. Selon l’OMS, « la violence est l’utilisation intentionnelle de la force physique, des menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraine ou risque d’entrainer un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès. » Autrement dit, pour Blandine KRIEGEL, la violence est « la force déréglée qui porte atteinte à l’intégrité physique pour mettre en cause dans un but de domination ou de destruction, l’humanité de l’individu. » Elle est multiforme et comprend la violence physique (les tortures, les sévices, les attentats, le meurtre, …), la violence psychologique (les harcèlements, le chantage, …), la violence verbale (les injures, les paroles blessantes, …).
Il y a principalement trois sortes de violences en fonction de leurs origines. Il y a la violence naturelle qui renvoie à la force destructrice que la nature exerce souvent : les inondations, les cyclones, les tremblements de terre, les séismes,…). Vient ensuite la violence d’origine animale et enfin la violence d’origine humaine causée par des facteurs innés (le caractère) et environnementaux (la culture). C’est cette dernière qui nous intéresse le plus. Elle demeure un défi permanent dans tout ordre social. Par constat, elle est omniprésente dans la société. Pour un rien, on est prêt à en faire usage. Elle semble contemporaine à l’humanité avec un développement accentué et divers ces derniers temps. En témoignent les deux grandes guerres, le terrorisme et les diverses crises partout dans le monde, de sorte que la paix est devenue une perle rare en ce 21e siècle.
2. La paix
Dérivé du latin « pax », le mot paix signifie absence de conflit ou tranquillité. Elle peut donc s’entendre comme un état de tranquillité, de sécurité et d’harmonie.
Au niveau individuel, elle désigne l’état de sérénité d’un esprit qui n’est pas troublé par un sentiment négatif comme la haine ou la colère. Une personne en paix est donc tranquille avec elle-même et avec ses semblables. Au niveau collectif, on peut définir la paix en ayant recours à deux perspectives : « la paix négative » et « la paix positive » pour reprendre les expressions de Johan Galtung. Dans le premier cas, la paix désigne l’absence de violence ou de conflits entre les nations. Elle se présente comme un état social caractérisé par une absence de guerre ou d’hostilités. Dans le second cas, la paix est perçue comme l’union et la tranquillité qui visent à favoriser les relations durables entre ces nations. Mais une telle définition demeure assez restrictive car une simple absence de guerre n’est pas obligatoirement une situation de paix. On peut vivre dans une situation sociale sans conflits et ne pas pour autant être en paix. Par exemple le cessez-le-feu est bien plus une situation de guerre qu’une situation de paix. En vérité, la paix est plus qu’une simple absence de guerre. Elle est une situation positive voulue et guidée par la raison. C’est le sens des propos suivants de Spinoza : « La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice. » La paix va donc au-delà de la guerre, des hostilités pour exiger une tranquillité de l’esprit. Dans les cultures africaines traditionnelles, la paix est perçue comme un état de satisfaction des besoins élémentaires de santé physique et morale de l’individu et de la communauté englobant la quiétude, la sérénité et l’absence de hantise. Le Prix Nobel de la paix de 1992 Rigoberta Menchu précise en parlant de la paix qu’elle implique « avoir de quoi manger, vivre dans une maison descente, avoir du respect les uns pour les autres. » En somme, la paix est non seulement l’absence de guerres et de conflits, mais surtout l’état d’équilibre intérieur, d’équité, de justice dans les États et dans le monde.
II- Origines de la violence
Plusieurs facteurs justifient ou expliquent la présence de la violence entre les hommes. On peut retenir entre autres :
- La nature humaine
La violence se présente comme une donnée innée à l’homme qui naît avec une propension ou une dose d’agressivité. L’hypothèse de l’état de nature nous révèle un individu vivant dans un état de guerre généralisée, « la guerre de tous contre tous » selon Hobbes. Pour se conserver, il est obligé d’user de toutes ses forces notamment la force physique, c’est pourquoi Hobbes le considère comme un « loup » pour l’autre : « homo homini lupus ». On perçoit la violence ici comme une disposition inhérente à la nature humaine.
Cette disposition qui conduit l’homme à vouloir dominer et à vouloir affirmer sa supériorité est instinctive et naturelle selon Sigmund Freud. Il existe en l’homme « une bonne somme d’agressivité. » La violence se manifeste par le truchement d’une opposition entre deux pulsions indissociables : Eros (pulsion de vie, désir) et Thanatos (pulsion de mort) qui tend vers la destruction et à ramener vers l’inertie ce qui est vivant. C’est donc par le canal de la pulsion de mort que la violence se manifeste et détourne l’homme de la civilisation pour le rabaisser vers l’animalité. Par ailleurs, l’éthologie (science des comportements) nous apprend que le comportement humain loin d’être régi par la loi ou les mœurs est plutôt déterminé par des pulsions naturelles. La violence serait dès lors inscrite en l’homme et constitue la marque de son animalité première. Dans la perspective de Friedrich Hegel, le conflit est au centre des relations humaines et une lutte de consciences s’établit toujours dans toute rencontre entre l’homme et son semblable en vue de la reconnaissance de l’un comme maître et de l’autre comme esclave. C’est cette lutte métaphysique des consciences qui nous permet de nous réaliser et d’exister car Hegel nous rappelle que le « moi se pose en s’opposant. » Pourtant n’y a-t-il que la nature humaine qu’il faille incriminer quant à l’existence de la violence ?
2. La religion
La fonction principale de la religion est d’unir les hommes entre eux face à un être transcendant : Dieu. Les religions se distinguent l’une de l’autre par les moyens d’accès à Dieu et à la béatitude céleste. Bien souvent, le credo religieux confesse une vérité absolue et éternelle autour de laquelle, les fidèles manifestent une union sacrée, secrète ce qui peut provoquer de l’exclusion et de l’intolérance, effets directs du fanatisme. Le fanatique ou le « fou de Dieu » est prêt à toutes les monstruosités pour susciter une adhésion libre ou forcée des autres à sa croyance religieuse car convaincu à tort de détenir la vérité absolue. Cette réalité oppose les religieux, les croyants entre eux, mais aussi les croyants et les non croyants. Ainsi, l’histoire des religions dites révélées nous montrent que les croisades et les djihads et aujourd’hui le terrorisme, dans une certaine mesure, ont été utilisés comme moyens d’expansion religieuse. Les propos de Ludwig Feuerbach montrent le danger de la religion : « là où on fonde la morale sur la théologie, le droit sur l’institut divin, on peut justifier et fonder les choses les plus immorales, les plus injustes, les plus honteuses. » La religion qui a pour vocation essentielle d’unir les hommes est en passe de devenir la principale source de conflit et de violence puisque, autant elle assure la cohésion du groupe, autant elle sépare les hommes.
3. La vie sociale
En dehors de la religion, la recherche du bien-être et la satisfaction des besoins fondamentaux entraînent très souvent la violence entre les hommes. En effet quand dans un État, le partage des ressources, biens ou chances est inéquitable de sorte à offrir aux uns l’opulence et aux autres la misère, alors la violence devient bien souvent un recours probable pour restaurer l’équilibre social : dans la logique du matérialisme historique de Karl MARX, on parle de la lutte des classes. Cela conduit aux révoltes, aux soulèvements, aux insurrections, aux révolutions…
L’État est aussi source de violence dans la mesure où il est dépositaire de la force publique. Pour assurer de la sécurité des citoyens, la protection de leurs biens et pour amener les citoyens à obéir aux lois en vigueur, l’État a bien souvent recours aux moyens de répression et de coercition (Armée, police, prison). Max Weber dans cette perspective dit de l’État qu’il dispose du « monopole de la violence légitime. » Dans cette perspective, Blaise Pascal avait écrit que « le droit sans la force est impuissant ». Si l’État a besoin de la force pour la bonne marche de la société, il faut dénoncer et condamner ces États qui exagèrent et amplifient l’usage de la violence.
III. La question de la valeur de la violence
- Violence et moralité
La violence est déshonorante et opposée à la raison, d’où la prohibition de son usage dans toute organisation sociale basée sur des lois. D’ailleurs, le droit condamne tout recours à la violence. Aussi il ne permet aucunement aux individus, ni à des groupes organisés de faire un usage de la violence. Donner la possibilité aux citoyens de faire usage de la violence c’est risquer de saper les fondements de la société. Pour se perpétuer, la société doit nécessairement évacuer la violence. L’histoire de l’humanité regorge d’exemples de guerres, d’atrocités, de conflits pour faire comprendre à l’homme que la violence est absurde voire destructrice. La transgression de la loi, de l’ordre ou de la rationalité opérée par la violence entraîne le risque d’un « retour pur et simple à l’absence de lois », à une sorte d’état de nature dans lequel « les grands attaquent les petits, les forts dépouillent les faibles, les rusés trompent les simples, les jeunes raillent les vieux. », se convainc Thomas Hobbes.
2. De la légitimité de la violence
La résistance à l’oppression, la réplique à la violence ou encore la légitime défense sont des situations de violences qui apparaissent comme non seulement des droits mais aussi et surtout des devoirs. De tels actes de violences sont compréhensibles voire légitimes. Faire recours à la violence peut se révéler indispensable lorsque sa survie y dépend. Pour illustration, la légitime défense, bien que violente est un acte légitime pour se défendre ou pour se protéger contre une agression imminente quoique proportionnelle au préjudice encouru. Elle n’est pas une apologie ou un boulevard ouvert à la violence tous azimuts car un arsenal juridique encadre cette légitime violence pour éviter qu’elle ne se transforme en une sorte de justice populaire ou à de la vindicte populaire.
Aussi, la violence étatique, quand elle est proportionnelle est loin d’être négative car elle rend effectives la sécurité et l’harmonie sociale au sein de l’État. De même, le matérialisme historique pense que la libération totale de l’homme ne s’obtient que par la lutte des classes, par des révolutions, bref par la violence. Pour Karl Marx, la violence est de ce fait, une étape dans le processus de l’instauration de la société juste : la société sans classe (le communisme). Les violences organisées par les groupes politiques brimés permettent de recouvrer les droits fondamentaux, d’instaurer la liberté et la justice et d’instituer un ordre social plus juste. Mao Tsé-toung en faisant l’apologie de la révolution déclare : « La révolution n’est pas un dîner de gala ; elle ne se fait pas comme une œuvre littéraire, un dessin ou une broderie, elle ne peut s’accomplir avec autant d’élégance, de tranquillité et de délicatesse, ou avec autant de douceur, d’amabilité, de courtoisie, de retenue et de générosité d’âme. La révolution, c’est un soulèvement, un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre. » La violence n’est donc pas opposée au progrès car une situation de violence peut susciter un développement social, une évolution politique, un progrès scientifique. Par exemple la seconde guerre mondiale a permis la création de l’ONU.
La violence possède donc un caractère ambivalent. Autant elle est destructrice, ravageuse et répréhensible, autant elle est à même de contribuer à une évolution sociale et peut être légitime. Face à cette double réalité, le philosophe moderne italien Nicolas Machiavel précise que « ce n’est pas la violence qui restaure mais la violence qui ruine qu’il faut condamner. » Par nature, la violence est opposée à la morale et c’est pourquoi il incombe à chaque société humaine de trouver des mécanismes pour la circonscrire, la limiter, la prévenir ou l’empêcher. Ces mécanismes sont l’éducation, le sport, l’art qui sont des moyens civilisés pour évacuer la violence contenue en l’homme. Une société sans violence est-elle possible ?
3. La problématique du terrorisme
De façon générale, le terrorisme est un ensemble d’actes violents et illégaux commis dans l’objectif de provoquer un climat de terreur, de psychose au sein de l’opinion publique ou d’ébranler la force d’un gouvernement. Le but du terrorisme est donc d’intimider la population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir un acte ou à s’abstenir de le faire. Le terrorisme est l’emploi de la terreur. Il est le fait de groupes restreints, secrets, organisés selon des principes militaires. Au nom des fins idéologiques ou politiques, le terroriste utilise les moyens suivants : assassinats, attentats, prises d’otages. Le terrorisme comporte donc des motivations politiques. Du reste Jacques Derrida nous informe en parlant du terrorisme qu’il est « la référence à un crime contre la vie humaine en violation des lois et impliquant à la fois la distinction entre civil et militaire et une finalité politique. »
Même si le terrorisme et la guerre partagent le caractère d’actes d’extrême violence, ils ne se confondent pas pour autant. La guerre, du moins celle conventionnelle, respecte des règles, fait usage d’armes conventionnelles, vise des cibles précises. Autrement dit, la guerre n’est pas un déchaînement aveugle de la violence. C’est tout le contraire du terrorisme qui s’attaque à tous sans égard pour la dignité humaine.
Quoique différents, le terrorisme et la guerre sont tous deux des actes d’extrême violence, moralement condamnables. En lieu et place d’exprimer une force, une bravoure, ils sont l’expression même de la lâcheté et de la faiblesse humaine. Ils traduisent l’échec de l’humanité à faire prévaloir le dialogue, la paix et la civilisation sur l’animalité.
IV- La paix comme une alternative à la violence
1. Les enjeux de la paix
Naturellement conflictuelles, les relations entre hommes sont marquées par l’agressivité et la violence. Pourtant la conflictualité ne valorise pas nos relations avec autrui. Ce qui devrait me motiver à un effort de pacification de mes relations interpersonnelles tient au fait même de ce que représente autrui pour moi : un autre moi, celui sans qui ma vie n’a pas de sens, celui dont l’existence à mes côtés permet l’harmonie ou l’épanouissement. Aussi tisse-t-on des relations amicales, sympathiques, amoureuses. La promotion d’une paix durable passe par la culture des valeurs de reconnaissance, de tolérance, de respect mutuel de la dignité humaine. Aussi l’exhortation kantienne prend ici tout son sens, celle de traiter « l’humanité aussi bien en nous qu’en toute autre personne toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen. » De telles dispositions pacificatrices se retrouvent dans ce qui est communément appelé « les droits de l’homme. »
Au-delà des relations interpersonnelles, la promotion de la paix est une mission qui incombe à l’État. En effet, l’entité politique qu’est l’État a pour mission de mettre fin à la violence et de maintenir la paix entre les hommes. Il doit préserver la vie des populations en assurant leur sécurité et en protégeant leurs biens. Pour se prémunir contre la violence, il importe que tout État soit doté d’une loi fondamentale ainsi que d’autres dispositions légales consensuelles. De même, les lois en vigueur au sein de l’État devraient être l’expression de l’assentiment des populations. Une fois que le droit est mis en œuvre, il contraint les hommes à se discipliner, à cultiver leurs facultés, ce qui leur permettra de développer leur moralité et de s’engager pour la paix. Par ailleurs, ces lois devraient garantir une justice sociale, une équité.
De la même manière que l’ambition des États les conduit à des guerres entraînant ruine matérielle et morale, elle finira par les inciter à édifier des institutions internationales pour garantir la paix. La guerre s’accompagne d’effets désastreux, de la misère, de l’oppression ; elle finit par être très coûteuse même pour les plus grandes puissances. Lorsque les armes se taisent et que la paix s’installe alors les États peuvent amorcer une réelle dynamique de développement économique, d’essor social. Pour Emmanuel Kant, auteur de Projet de paix perpétuelle, c’est de l’intérêt des hommes que découle la paix. Mais il ne faut pas attendre en spectateur passif que la paix s’installe d’elle-même car comme l’a dit l’ancien président ivoirien Félix Houphouët BOIGNY « La paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement. » Pour que la paix cesse d’être un pur vœu et pour qu’elle soit effective, il appartient aux États d’adopter une politique conséquente en instaurant un cadre juridique qui la rend possible. La paix est donc fondée sur le droit. Le droit remplace la violence des rapports humains par des lois communes provenant de la raison. Dès lors, la paix se présente comme une exigence rationnelle, elle est certes une idée, un principe qui sans jamais pouvoir être matérialisé devrait guider toute action. Parmi les conditions définitives pour une paix perpétuelle, Kant propose les principes suivants :
-la constitution de chaque État doit être républicaine (la loi devant être l’expression de la volonté générale)
-les États doivent s’allier dans une fédération dotée d’un droit garantissant la paix internationale (l’ONU)
-Le droit cosmopolite qui suppose « la communauté originaire du sol », l’étranger devrait être accueilli pacifiquement sur quelque lieu où il se trouve sans injustice aucune.
Nous venons de montrer que le droit peut favoriser l’instauration de la paix, mais qu’en est-il de certaines formes d’action comme la non-violence ?
2. La non-violence
Selon certaines sources, la première expression de la non-violence se trouve dans la Bible lorsque Jésus déclare « si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends lui l’autre joue. » On peut donc convenir que les premiers convertis étaient partisans de l’idée selon laquelle il ne faudrait pas répondre à la violence par la violence ou à la guerre par la guerre. Aussi les sages et autres saints sont-ils par principe non-violents. La non-violence fut élaborée en théorie et mise en pratique par Mohandas Mahatma Gandhi. Elle a aussi été utilisée comme un moyen efficace de lutte par le célèbre pasteur américain Martin Luther King. Gandhi est indien d’origine et en tant qu’avocat, il défendra ses compatriotes persécutés dans une Afrique du Sud sous apartheid. De retour en Inde, il devient chef spirituel et inaugure la lutte pour l’indépendance contre les colons anglais à travers la « satyagraha » une sorte de résistance pacifique et de désobéissance civile. Plusieurs fois emprisonné, il entreprend des campagnes de grève de faim pour dénoncer les exactions anglaises mais aussi pour réclamer la fin des guerres intestines entre Hindous et musulmans. Une année avant sa mort, l’indépendance est accordée à l’Inde. Mais qu’entend-on exactement par non-violence ?
La non-violence est avant tout une maîtrise de soi, un refrènement constant du désir de violence, de vengeance ou de colère que l’on ressent. Elle est un choix d’action se manifestant par un refus d’exercer la violence et en comptant seulement sur la force de l’amour afin de contraindre le violent à une prise de conscience et au refus de faire usage de la force brute. Cette résolution passive « faisait tomber les fusils des mains des soldats. » La non-violence n’est donc pas synonyme de lâcheté, encore moins de faiblesse. En réalité le violent est perçu comme un être faible qui désespère de ne pouvoir convaincre l’autre sans la force. Le non-violent est fort, il est capable de mobiliser son esprit sans pour autant se laisser envahir par la peur ou la terreur. C’est être fort que de renoncer à la violence alors même qu’elle est exercée sur nous. Cette conviction est sans doute partagée par Bouddha lorsqu’il nous enseigne que « De celui qui dans la bataille a vaincu mille milliers d’hommes et de celui qui s’est vaincu lui-même, c’est ce dernier qui est le plus grand vainqueur. »
Conclusion
Les théoriciens du contrat social considèrent que l’individu est antérieur à la société et Hobbes le présente comme un être foncièrement violent. Quelle soit naturelle ou culturelle, la violence doit être contenue tant au niveau individuel que collectif. Toutefois la violence n’est pas exclusivement négative à condition d’être nécessaire c’est-à-dire le dernier recours, lorsque tous les moyens pacifiques et rationnels ont été utilisés et se sont révélés inefficaces. Il est par conséquent indispensable à tout homme et à chaque État de contrôler à tout moment l’exercice de la violence. Afin de contribuer à la culture de la paix, condition sine qua non de tout développement et de tout épanouissement. Chaque homme devrait discipliner ses passions et développer sa raison afin de vivre autrement que l’animal. Ce n’est qu’à ce prix que les hommes pourront éviter de connaître pour seule paix perpétuelle, celle des cimetières. Si les guerres naissent de l’esprit des hommes, n’est-ce pas dans ce même esprit qu’il faille cultiver la paix gage de leur bonheur ?

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